Etienne Chouard a eu la gentillesse d’accepter l’interview de Français avec Pierre où il nous explique pourquoi la crise économique est un piège politique construit de toute pièce qui asservit l’État et le peuple au profit du 1%.
Mais surtout, il nous propose une solution à partir de l’écriture de la Constitution et du tirage au sort !

Vous pouvez télécharger le podcast de l’interview d’Etienne Chouard (voir plus haut) et voici la vidéo avec Etienne Chouard :

 

Transcription complète de l’interview d’Etienne Chouard :

Bonjour Étienne.

Salut.

Alors… aujourd’hui donc on a l’énorme chance d’avoir avec nous Etienne Chouard. Que vous ne connaissez peut-être pas, mais qui est quand même assez connu maintenant en France. Puisque je te vois de plus en plus en tout cas à la télévision, à la radio, dans les journaux. Je vais retracer rapidement ton parcours. Donc tu es enseignant en économie-gestion et droit fiscal. Je l’ai pris de Wikipédia hein ça.

Oui, mais droit fiscal, c’est anecdotique, c’était au début et puis…

Et informatique en tout cas ?

Oui, informatique et économie.

D’accord, dans un lycée à Marseille, OK. Donc en fait, en 2005, on a proposé aux Français de voter pour la constitution européenne.

Ouais. C’est là que… c’est là que tu… je dis tes mots hein : tu t’es réveillé politiquement. Tu as un petit peu lu ce texte qu’on nous proposait un peu dans les détails et tu t’es rendu compte que c’était… que c’était intolérable, que c’était… que ça n’allait pas, que ce n’était pas bien. Bref, donc tu as milité contre… pour le « non » en tout cas, « non » à cette constitution européenne, en 2005. Et c’est à partir de là en fait que tu as fait un blog, que tu as commencé à être assez connu, les médias se sont intéressés à toi, tu as eu un article dans le journal Le Monde, on a parlé de toi à la radio, etc. Finalement, la France a voté « non » et donc… Bon, ça, ça été le début si je ne me trompe pas. Donc après tu as continué avec ton blog, il y a eu de plus en plus de monde sur ton blog. Et donc maintenant, bon bah ça continue, tu es, j’ai l’impression, de plus en plus connu. J’ai vu que tu étais passé à l’émission de télévision Ce soir ou jamais en 2014. Alors tu étais… Et ça va être ma première question pour un peut introduire, tu étais face à Jacques Attali. Comment tu fais pour, dans une émission de télévision aussi regardée en France, face à quelqu’un comme quand même Jacques Attali, rester aussi calme, aussi sûr de toi, tu n’as pas l’air d’avoir du tout le trac, comment tu fais ça ?

Bah j’ai rien de spécial, en fait j’avais… j’étais résolu à pas me… pas croiser le fer avec… Je savais qu’il allait être là et j’ai plein de choses à lui reprocher, graves, mais je n’avais pas le temps, on avait une heure d’émission, on était huit, on était nombreux. Et moi donc je voulais parler de… de notre problème politique, du fait qu’on n’est pas en crise, ce n’est pas un accident et que tout se passe comme prévu pour ceux qui font élire les acteurs politiques. Et puis du fait que nous… si on est dans ce piège politique où nous n’avons pas de représentants, c’est parce que nous n’avons pas de constitution. Et nous n’avons pas de constitution non pas de la faute des autres, mais de notre faute à nous parce qu’on n’est pas constituant. Et qu’on a… ayant renoncé, démissionné à écrire nous-mêmes les règles de dévolution du pouvoir, comment on donne le pouvoir, est-ce que c’est par élection, par tirage au sort ? Et les règles de contrôle des pouvoirs, ayant renoncé à ça, on se met nous-mêmes en prison. Je voulais parler de ça et j’ai eu la chance de pouvoir en parler d’ailleurs pendant… ça a duré quatre minutes, mais quatre minutes bien denses et qui elles ont énormément buzzé, ça a fait plus de 10 millions de vues, ça c’est vraiment étonnant ce que ça a tourné. Et puis ce qui était très surprenant, c’est qu’en sortant de ce petit tunnel, là où je parle quatre minutes, c’est Attali qui reprend la parole tout de suite pour me dire « c’est très intéressant, mais c’est complètement idiot, et d’ailleurs d’habitude… vous ne l’avez pas fait là, mais d’habitude quand vous prenez la parole, c’est pour défendre une idée saugrenue qui est le tirage au sort et… ». Donc un, la première chose qu’il fait, c’est de me rentrer dedans. Et deux, en parlant du tirage au sort. Et donc il ne disait que des bêtises sur le tirage au sort, mais il fallait encore un peu de temps pour y répondre. Et il ne me laissait pas y répondre, il interrompait sans arrêt, il reprenait la parole pour interrompre en déformant tout ce que je disais. Oh c’est de la rhétorique ça hein, bon. Mais ce n’est pas tellement le plus important. En fait, ce qui est le plus important de cette soirée, c’est que j’ai pu parler mes quatre minutes et dire ce qui me semblait le plus important. Et que les gens ont bien vu que c’était ça qui est important et c’est ça qui a tourné sur Internet, mais beaucoup plus. Ce soir-là, il y avait quelque chose comme 800 000 spectateurs, je crois. Et c’est… et c’est des millions de personnes qui l’ont vu après. Donc j’ai bien fait d’y aller quand même hein.

Ah ouais ouais, ouais. Mais vous n’aviez pas le trac dans… enfin tu n’as pas le trac, je ne sais plus s’il faut te vouvoyer ou te tutoyer ?

Non, on peut se tutoyer si tu veux. Mais il y a… non, j’avais pas le trac.

Non non, c’est incroyable.

J’ai pas le trac non, mais c’est parce que je…

Assez convaincu ?

Je me sens assez fort, voilà, j’ai des arguments. Puis je ne tiens pas à avoir raison, je cherche le vrai, je cherche à ne pas me tromper.

Pourquoi c’est pas vraiment une crise, enfin pourquoi tout ça ce n’est finalement pas la fatalité ce qu’il nous arrive, cette crise économique, et qu’est-ce qu’il se passe ?

Euh… la plupart des gens qui nous parlent d’économie à la radio et à la télé, ce sont des employés de banque et ils oublient de vous le dire. Ils sont payés par les banques ou ils appartiennent à des banques ou ils sont aussi en plus d’être journalistes salariés de banques ou propriétaires de banques. Donc la plupart des économistes qu’on voit apparaître à la radio ou à la télé… pas tous les économistes hein. Mais ceux qui sont des vrais économistes, enfin des économistes qui défendent le bien commun et les gens normaux ne passent pas à la télé ou à la radio, très peu. Et ceux qui passent beaucoup à la radio et à la télé sont, sans le dire, des employés de banque. Ce qui fait qu’on nous rabâche toute la journée que c’est une crise, qu’on ne peut pas faire autrement, qu’il n’y a pas d’alternative, que c’est la faute de l’État qui est impécunieux ou des citoyens qui vivent au-dessus de leurs moyens et qui sont des privilégiés. Et qu’ils nous le répètent tous les jours à tel point que les gens l’intègrent comme si c’était une vérité. Or, l’état d’endettement de la puissance publique n’est pas du tout une fatalité, c’est une construction politique qui sert à asservir les gens. Pour endetter un État, il faut deux… Je prends l’image de deux pinces, il faut deux actions, deux trahisons. La première pince consiste à priver l’État de la création monétaire, ce qui est absolument décisif. Si vous… si les gens qui nous représentent décident que dorénavant la puissance publique ne pourra plus emprunter auprès de sa banque centrale, donc à taux zéro, gratuitement, et faire créer l’argent dont elle a besoin pour ses citoyens. Et qu’elle doit au lieu de ça emprunter auprès des marchés financiers, qui sont les riches du moment, du pays ou de l’extérieur, de l’étranger. Si des représentants d’un pays (d’Espagne ou de France ou d’ailleurs). Des représentants d’un pays décident de… que l’État ne peut plus créer lui-même la monnaie dont le peuple espagnol a besoin ou français a besoin, ces représentants trahissent littéralement le peuple et mettent en place une première pince qui fait que si l’État manque d’argent, il devra s’endetter parce qu’il ne peut plus créer l’argent dont il aurait besoin. Mais cette pince-là ne suffit pas à pincer l’État parce que… Donc pour pincer, il faut une paire de pinces. Parce que si l’État – qui perçoit des impôts et gère ses dépenses – décide de ce qu’il va dépenser. Si l’État dépense exactement les impôts sans dépenser plus, il n’a pas besoin d’argent supplémentaire, donc il n’a pas besoin de créer de la monnaie, puisqu’il se sert des impôts, il n’a pas besoin d’argent. Donc pour que le piège se referme, il faut arriver à endetter l’État, c’est-à-dire il faut arriver à ce qu’il ait besoin d’argent. Et donc il faut que les mêmes représentants, les mêmes ou leurs successeurs, les mêmes qui avaient décidé de priver l’État de la création monétaire décident de voter des budgets en déséquilibre. Nous ça a commencé en 73, probablement pas à cause de la loi 73, mais il se trouve que c’est à la même époque. À partir de 73 en France, mais c’est comme ça un peu partout en Europe je crois. Le… les parlementaires – parce que c’est des parlementaires qui votent des budgets en déséquilibre – ont voté des lois de finances dans lesquelles l’État dépense un peu plus que ce qu’il ne gagne. Il commence à emprunter de l’argent. Donc c’est Giscard d’Estaing qui a lancé… tout de suite après 73, il a lancé un grand emprunt. Et ce grand emprunt, il fait que l’État a besoin d’argent. Mais on vient de dire qu’il n’avait plus la création monétaire. Donc s’il a besoin d’argent, il faut qu’il emprunte auprès de ceux qui ont de l’argent. On appelle ça les marchés financiers, comme si c’était un Dieu cruel. Et vous vous apercevez qu’en fait l’État n’augmente pas ses dépenses… Comment ils font pour voter les budgets en déséquilibre ? Et ils le font depuis 40 ans, donc ils font augmenter une dette énorme, aujourd’hui on en est à 1800 milliards, on va arriver à 2000 milliards de dette, alors qu’un État digne de ce nom ne devrait pas emprunter de l’argent. Mais donc c’est progressivement depuis 40 ans qu’on a voté des budgets en déséquilibre, non pas en augmentant les dépenses de l’État, en construisant des autoroutes ou des hôpitaux. Non non : en baissant les impôts des plus riches. On appelle ça… ici on en France, on appelle ça des « niches fiscales ». C’est-à-dire qu’ils ont mis l’État dans une situation… Cette deuxième pince qui consiste à endetter l’État en votant des budgets en déséquilibre pendant 40 ans. Et ça c’est les socialistes comme les UMP, les soi-disant de gauche, soi-disant de droite, ils sont tous au service de la banque et des ultra-riches, dont ils servent les intérêts en ligotant l’État, en mettant l’État dans un carcan qui fait…

Un otage ?

Oui, ou comme un prisonnier, comme un prisonnier, comme un forçat. Et qui va… et comme c’est l’État qui est détenteur de la puissance publique, et donc de l’armée, de la police, monopole de la force, cet État va être comme contraint par les marchés financiers d’imposer une loi de faire au peuple, avec ce qu’ils appellent l’austérité, mais qui est un coup d’État bancaire. Qui n’a rien… ce n’est pas du tout une crise, c’est un piège monté de toutes pièces depuis 40 ans avec des éléments du piège : l’interdiction de la création monétaire aux états a été verrouillée au plus haut niveau par l’article 104 du traité de Maastricht, qui est devenu 123 de Lisbonne, et vous êtes enfermés… Les Espagnols sont enfermés dans le même piège.

C’est-à-dire que l’État… ?

L’État ne peut plus emprunter auprès de la banque centrale, l’État ne peut plus… S’il pouvait emprunter auprès de la banque centrale au lieu d’emprunter aux marchés financiers, il emprunterait à taux zéro, ça lui coûterait… ça lui coûterait rien en intérêts.

Et là il est obligé d’emprunter au privé ?

Au privé et de leur payer un intérêt ruineux et non nécessaire.

Et l’intérêt fait augmenter la dette, etc. ?

Etc. Ce n’est pas un piège économique, c’est un outil économique, mais qui constitue un piège politique. Une fois encerclé comme ça, un État ne peut plus faire que ce qu’on lui dit de faire, il n’est plus souverain.

Bon alors d’accord, donc ça c’est le…

Le souverain c’est celui qui crée la monnaie.

Le premier problème, donc il ne crée pas la monnaie, petit à petit il emprunte et donc il doit rembourser, donc la dette augmente et il est complètement soumis aux marchés financiers, etc. Mais il y a une autre chose dont vous parliez là justement dans la vidéo qui a fait que je vous ai connu, « L’État et les banques, les dessous d’un hold-up financier ». Après, il y a des gens qui misent –je pense à la Grèce – qui misent sur la ruine d’un pays. C’est quoi ces histoires, comment ils font là ?

C’est le fait que… bon, à partir du moment… Donc la Grèce comme les autres avaient renoncé à créer elle-même sa monnaie, donc elle empruntait l’argent sur les marchés financiers, mais à bas taux comme tout le monde. Et en fait, les taux dépendent de la crédibilité de l’État. C’est-à-dire qu’il y a des agences de notation, elles sont américaines et elles sont payées par les banques elles-mêmes. C’est une folie ce truc hein ! Et les agences décident « oui, cet État-là, il est fiable, vous pouvez y aller, c’est un bon investissement ». Et puis quand ça leur pète, quand ça leur prend, et puis quand ils ont envie de couler l’État, les agences de notation décident que… bah c’est risqué « c’est risqué, donc si vous voulez leur prêter de l’argent, demandez-leur un bon intérêt parce que c’est risqué ». C’est absolument pas vrai, il n’y a aucun risque sur un État. Un État déjà ne devrait pas s’endetter et puis s’il est le maître de sa monnaie, il va rembourser avec sa monnaie qu’il créera à l’occasion et vous serez remboursé.

Donc la Grèce au début elle était saine et ils ont créé une rumeur…

Elle n’était pas plus… elle était moins endettée que la France ou les États-Unis par exemple. Et elle… du jour au lendemain, ce qu’explique Myret. Et c’est des gens qui l’ont avoué, qui ne s’en sont pas caché. Cinq patrons de hedge funds ou de fonds de pension, des… des financiers, des gens qui ont beaucoup d’argent et qui décident ce qu’ils vont faire avec leur argent, décident, s’entendent entre eux pour vendre, vendre massivement les titres de la dette souveraine grecque. Et quand on vend sur un marché comme ça, ça crée un mouvement de panique où tout le monde se dit « mais pourquoi on vend, mais c’est que ça va… ». Ça fait baisser… quand tout le monde vend plutôt qu’achète, c’est le contraire de la rareté, il y a une espèce d’abondance qui fait que les prix baissent. Donc le cours de la dette grecque baisse et pour emprunter, il faut monter les taux d’intérêt et ça fait flamber les taux d’intérêt aussitôt. Mais c’est sur des milliards. C’est-à-dire que la dette se met… la Grèce se met à avoir aussitôt à payer des sommes folles au titre d’intérêts totalement spéculatifs, non nécessaires et ruineux.

Et ça, ça profite à certaines personnes qui gagnent de l’argent sur un pays entier quoi, ce n’est même plus une entreprise c’est tout un pays ?

Évidemment. Il faut bien comprendre que sur le plan économique, on n’a pas de problème technique. On a un problème politique parce qu’on est dirigé par des traîtres, parce que les banques sont devenues suffisamment riches pour acheter les acteurs politiques (comme on achète des savonnettes ou on achète une voiture). Et puis c’est moins cher pour eux, c’est moins cher qu’une voiture hein. Quand vous payez… quand Goldman Sachs paye un milliard Obama, le retour sur investissement c’est des centaines et des centaines de milliards. Je veux dire, ça valait le coup, ce n’était rien un milliard.

Ouais, et puis ils les ont en plus, ils n’ont pas de problème !

Ils les ont, il n’y a pas de…

Donc comme vous avez dit face à Jacques Attali : tout marche comme prévu.

Tout se passe comme prévu, on nous présente ça comme une catastrophe, mais ça dépend de quel point de vue on se place. Du point de vue des 99 %, c’est une catastrophe, mais il ne faut pas dire qu’elle n’était pas prévisible. Nous avons une procédure qui conduit au pouvoir les pires du point de vue de l’intérêt général. Ça conduit… L’élection permet aux riches d’acheter le pouvoir politique et donc de mettre aux manettes les… les serviteurs des plus riches. Alors pour les 99 %, c’est une catastrophe ; pour les 1 %, c’est une aubaine.

Donc la solution, enfin la solution à laquelle vous avez réfléchi et que vous proposez. Donc ça serait en deux parties, il y aurait une histoire d’écrire nous-mêmes notre constitution (puisque la constitution, c’est le texte le texte clé si on veut, notre gardien). Et une autre partie, il y a une histoire de tirage au sort, donc… ?

Ouais. Alors la constitution ne peut être le gardien de l’intérêt général que s’il y a des citoyens pour la protéger. Ce n’est pas le texte lui-même qui nous protège, c’est nous ayant conscience que ce texte est important, ayant participé à son écriture, participant à sa révision et surveillant sa bonne exécution.

Il faut qu’il y ait des citoyens derrière une constitution, ce n’est pas le… Vous pouvez avoir une très constitution, s’il n’y a pas de citoyens, le tyran fera ce qu’il voudra, il violera la constitution dans l’indifférence générale parce qu’il n’y a pas de citoyens. Donc en fait, si vous voulez la constitution c’est vraiment qu’un outil quand même, ce qui est essentiel c’est la conscience citoyenne. Il faudrait que les citoyens deviennent constituants, à mon avis il n’est de citoyens que constituants. Tant que les citoyens ne sont pas capables de penser, d’instituer eux-mêmes… C’est la société qui s’auto-institue comme disait Castoriadis. Tant que les citoyens ne sont pas capables d’instituer eux-mêmes la dévolution des pouvoirs (comment est-ce qu’on désigne les acteurs politiques) et le contrôle des pouvoirs (comment est-ce qu’on se débarrasse des acteurs qui défaillent). Tant que les humains n’ont pas muté en constituant, ne se sont pas transformés, ne se seront pas rendus aptes à… à vouloir une constitution. Vouloir, c’est important, c’est décisif ça. Donc… on n’avancera pas. Et ce n’est pas… la solution, ce n’est pas la constitution. C’est-à-dire la solution c’est nous devenant constituant. Alors après ça, comment ça va se passer concrètement ? Bah il va falloir qu’il y ait une assemblée constituante. Je crois qu’il y aura sûrement une insurrection ou une élection de quelqu’un qui est incorruptible et qui déclenche un processus d’écriture par le peuple de la constitution. Mais à mon avis, ce gars-là se fera zigouiller, il se fera tuer parce que les ultra riches, les grands privilégiés tuent les gens pour moins que ça. Donc je veux dire, un gars qui est capable de gagner les élections, manifestement il a de bons résultats dans les sondages, il va gagner, alors qu’il va mettre le système de domination et les travaux forcés à bas, il va se faire tuer, il va se faire tuer. Donc je pense que ça sera plutôt sur une insurrection que ça va se passer. Les insurrections, il y en a partout dans le monde à toutes les époques, c’est d’une banalité sans nom en fait, les humains passent leur temps à s’insurger. Bon bah ça sera encore une insurrection. Ce qu’il y a, c’est qu’à chaque fois on replonge dans la nasse, dans le piège, parce qu’on ne s’est pas préparé avant l’insurrection, on ne s’est pas préparé à qui va écrire le monde d’après, qui va écrire le contrat social suivant. Et il me semble que… moi ce que je propose, c’est qu’on s’entraine maintenant avant l’insurrection. Si on s’insurgeait aujourd’hui, ça serait beaucoup trop tôt. On s’entraîne – et ça on ne l’a jamais fait dans l’histoire des hommes – on s’entraîne à écrire nous-mêmes… Mais par millions je veux dire, il faut qu’on s’entraîne et puis qu’on réveille le voisin, qu’on lui dise « éteins ta télé, viens, rejoins-nous ; on écrit des articles, et tu vas comprendre, tu vas voir, on va t’expliquer et puis on se forme nous-mêmes, éducation populaire ».

Il faudrait qu’on soit tous capables d’écrire la constitution. Et après on va nous tirer au sort pour écrire la constitution, mais on sera prêt ?

Voilà, et on sera prêt. Et puis on ne va pas le faire… et puis on ne va pas le faire seul, c’est-à-dire que ceux qui auront été tirés au sort pour écrire la constitution, ils vont le faire sous le regard sourcilleux et inquiet des autres qui vont vérifier qu’ils ne font pas de bêtises. Un peuple constituant, il ne va pas accepter une assemblée constituante en la laissant faire sans la regarder. Il va accepter le tirage au sort parce qu’il a compris qu’il fallait bien que… on ne va pas écrire à 60 millions la constitution, donc il a bien compris qu’il fallait une procédure pour choisir les gens. Il a bien compris que le tirage au sort allait nous protéger des conflits d’intérêts, c’est-à-dire qu’on allait éviter d’avoir des gens qui soient à la fois juge et partie et qui soient à la fois parlementaires et écrivains de la règle qui va contrôler les parlementaires (parce que ce gars-là, il ne va jamais écrire des vrais contrôles, il va toujours écrire des contrôles factices). Donc les gens ont compris ça, ils ont compris que le tirage au sort les protège des conflits d’intérêts en mettant n’importe qui dans le rôle constituant, on se protège de la malhonnêteté… En l’occurrence du processus constituant, ce n’est pas la malhonnêteté générale. Je ne dis pas que les élus sont malhonnêtes en tous points, je dis que l’élu dans le processus constituant, il est malhonnête, il ne peut pas être honnête parce qu’il a un intérêt personnel contraire à l’intérêt général.

Ce n’est pas aux hommes au pouvoir à écrire la constitution ?

Ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir, voilà. Et donc ayant compris ça, les humains étant devenus constituants acceptent – j’imagine hein, parce que c’est logique – le tirage au sort comme procédure équitable incorruptible de désignation d’acteurs qui ne sont pas en conflit d’intérêts. Et… mais ils ne sont pas fous et ils savent bien qu’il peut y avoir des imbéciles ou des méchants qui sont tirés au sort, donc des gens qui n’ont pas toutes les qualités, qui peuvent avoir des défauts, des vices. Et on va les surveiller, on va les regarder, on les tire au sort mais on les regarde. Et donc le peuple constituant tire au sort en son sein une ou deux assemblées constituantes, mais ensuite il la ou les surveillent. Il faut qu’on ait envie de s’occuper de ça, mais ça, ça s’obtient en le faisant.

Alors après, on tire au sort des gens parmi…

On s’insurge, c’est-à-dire qu’on se débarrasse des pouvoirs actuels. Alors il y a une phase… ça va pas se passer… Ça se passera pas sans…

Ah ouais, ça va être difficile ça !

Enfin oui et non, ça dépend, si on est très nombreux ça se passera sans violence.

Ouais. Donc déjà faire réveiller les gens, leur faire prendre conscience que pour se protéger il faut qu’ils sachent, il faut qu’ils s’intéressent. Et il faut qu’ils sachent écrire la constitution puisque c’est le texte tout là-haut qui va nous protéger. Une fois que les gens savent écrire plus ou moins une constitution, on va tirer au sort et on va prendre… et on va créer une assemblée constitutionnelle pour écrire notre constitution qui va être le texte de loi tout là-haut qui nous protège.

Et qui sera proposé au vote parce que c’est une assemblée tirée au sort qui écrit le projet, mais c’est le peuple qui le vote ensuite, qui vote ce projet. Nous sommes tous capables d’écrire des articles de constitution, ce n’est pas du tout… Et quelqu’un qui ne sait pour l’instant pas du tout… Il ne sait même pas ce que c’est que la constitution, donc il ne s’est même pas encore entraîné. Bah je vous dis que moi ce gars-là, il écrira un meilleur article de constitution que Giscard d’Estaing ou Chirac ou Mitterrand…

Parce qu’il n’est pas en conflit d’intérêts…

Mais parce que voilà, parce qu’il est honnête. Parce qu’il a… mais parce qu’il n’est pas en conflit d’intérêts. Parce qu’il a un intérêt personnel… Je ne dis pas qu’il n’a pas d’intérêt personnel, il a un intérêt personnel, mais qui correspond à l’intérêt général (parce qu’il fait partie des 99 % et qu’il va retourner aux 99 %). Et faites-lui confiance, il va réfléchir à ça, il va s’en souvenir et il va prendre des mesures de contrôle des pouvoirs qui lui manquent aujourd’hui. Il le sait bien, il sait bien que les élus sont impunis et irresponsables. Eh bah coup de bol, on lui donne la possibilité de réfléchir à ça, eh bah il va écrire les règles des vrais contrôles. Mais parce qu’il n’est pas parlementaire.

D’accord. Donc par exemple, si en Espagne là (puisque justement, cette vidéo c’est un peu l’occasion que des gens en dehors de France vous connaissent). Si des gens sont intéressés par ça…

Comment ils font concrètement ? Mais ils sont assez grands, ils vont inventer ce qui leur manque. Les gens sont… ne sont enfants que parce qu’ils sont à genoux. « Levez-vous et vous allez voir, vous allez trouver tout ce qui vous manque ». « Prenez votre… prenez cette affaire en main, réfléchissez et regardez des vidéos si vous voulez, mais parlez-en, vous allez voir, ce qu’il vous manque vous aller l’inventer vous ». « Vous allez détecter des problèmes et trouver vous-même les solutions ».

Il faut se réveiller quoi ?

Il faut s’en occuper quoi, voilà. Euh… il n’y a aucune raison pour que moi je vous dise ce que vous allez aller avoir à faire ou comment ça va se passer.

Juste une dernière question quand même. Comment vous voyez l’avenir Étienne, comment tu vois l’avenir ?

Je sais pas s’il faut que je dis ce que je pense parce que c’est… c’est pas gai quoi. Parce que quand je vois que les Grecs… avec ce qu’on a fait subir aux Grecs, c’est-à-dire que c’est odieux, c’est vraiment dégueulasse quoi. Les gens qui avaient une petite retraite à 1000 €. 1000 € t’as du mal à vivre avec 1000 € hein. Les gens qui ont une petite retraite à 1000 € l’ont vue coupée par deux puis encore par deux. Et… attends. Et malgré ça… Alors ils se sont révoltés, ils ont voté Tsipras en disant « on va s’en sortir, lui il va nous défendre ». Et quand il a vu « putain, il ne nous défend pas quand même ». Et puis alors il a fait un référendum, un référendum en disant « qu’est-ce qu’on fait, on accepte les exigences de ces salauds de créanciers ? » ; « non, il ne faut pas accepter ! » 60 % et quelques. Et Tsipras, deux jours après, il va tout accepter. Donc ils se font trahir au dernier degré par ce mec-là, qui est comme nos socialistes quoi. C’est un faux mec de gauche, c’est un mec de droite dure qui sert les banquiers, qui trahit sa parole, qui fait le contraire de ce qu’il a dit. C’est un traître Tsipras, comme Hollande. C’est… attends, qu’est-ce qu’il s’est passé là ? Il vient d’y avoir une élection, ils élisent Tsipras triomphalement. Laisse tomber, je veux dire moi j’en envie de plus faire de politique, c’est mort quoi !

Oui, mais si aujourd’hui t’es là avec moi à Paris, si tu fais ces ateliers constituants… Je ne peux pas croire que tu n’aies pas d’espoir, ce n’est pas possible, sinon t’aurais arrêté ?

Ouais, le pessimisme c’est une lâcheté.

Donc quelque part, t’as l’espoir que ça… ?

Donc… ouais, voilà, je me dis « ils sont encore comme ça parce que… ». C’est les médias, le fait d’avoir pris le contrôle des médias, c’est ultra stratégique. Le fait d’avoir laissé les riches acheter les médias, c’est ultra central ça.

En France par exemple… Ils ne savent sûrement pas, mais Dassault… c’est Dassault qui a Le Figaro par exemple. Dassault qui fait les avions de guerre hein.

Marchand d’armes. Lagardère, marchand d’armes aussi : patron de pratiquement toute la presse magazine du pays, 75 %. Et des manuels scolaires, des manuels, des livres, des éditions…

Ah ouais ?

C’est incroyable. Les banques, les banques achètent les journaux, les télés.

Bon, Etienne Chouard, il faut qu’on termine là, je suis désolé, merci beaucoup. Au revoir.

Merci à toi, salut.

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Encore une fois MERCI Etienne Chouard !!!

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Voici le lien de la vidéo avec Jacques Attali

Et le lien de la vidéo “L’État et les banque : les dessous d’un hold up historique”.

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