Sous la vidéo, retrouve l’exercice et la transcription ! Tu peux aussi télécharger le podcast :-)

Exercice

Comme l’audio est très long, aujourd’hui je te propose un exercice plus adapté à un audio long :

– Écoute une première fois le texte avec les sous-titres ou la transcription et note si tu le veux les mots et expressions que tu n’as pas compris.

– Après, cherche le sens de ces mots sur Internet, dans un dictionnaire…

– Finalement écoute à nouveau l’audio sans la transcription.

– Je te conseille aussi de télécharger le podcast et de le réécouter plusieurs fois, en marchant, dans la voiture, en faisant la cuisine… :-)

 

Transcription

Alors, bonjour Olivier Cadic.

Bonjour.

Donc tout d’abord, eh bien merci d’avoir bien voulu répondre à cet entretien sur Français avec Pierre. Donc vous êtes sénateur des Français établis hors de France.

Absolument !

OK, donc je sais que vous faites aussi plein d’autres choses très intéressantes, mais je propose qu’au début, on se centre sur cette fonction. Alors, est-ce que vous pouvez nous expliquer ce que c’est un sénateur, à quoi ça sert, et puis en même temps à travers ça nous expliquer un petit peu comment fonctionne les institutions de la cinquième république en France, puisque ça intéressera, je pense, les personnes qui nous regardent.

La France fonctionne avec deux chambres, l’Assemblée nationale et le Sénat. À l’Assemblée nationale, les députés sont élus par les Français qui votent directement dans chaque circonscription pour un Français. Au Sénat, nous sommes élus par des grands électeurs. Alors sur le territoire en France, c’est par les maires, les conseils… les conseillers départementaux. À l’étranger, c’est par les conseillers consulaires. Et ces grands électeurs se réunissent et élisent des Sénateurs qui représentent les Français de l’étranger. Et les Sénateurs représentent le monde entier, c’est-à-dire que ma circonscription c’est le monde et je me déplace aux quatre coins du monde. Donc, je vais… ma préoccupation c’est de travailler avec les élus consulaires pour m’assurer qu’on va répondre aux attentes des Français à l’étranger. En l’espace de 20 mois, j’ai visité 41 pays, j’ai fait 120 déplacements. Je vis au Royaume-Uni, donc je suis un Français de l’étranger (au même titre qu’un Français qui vit ici à Madrid). Je veux garder cette impression de vivre dans un… comme les gens que je représente, mais je suis aussi au Sénat toutes les semaines, minimum du mardi au jeudi. Je siège au Sénat puisque je vote les lois qui intéressent les Français.

C’est ça, les sénateurs votent les lois ?

Généralement, en première lecture, la première lecture se passe à l’Assemblée nationale. Donc, les députés votent la loi, la loi arrive ensuite au Sénat, le Sénat va reprendre la loi, va faire des modifications aux textes de loi de l’Assemblée nationale. À peu près deux tiers des modifications qui seront faites par les Sénateurs seront acceptées ensuite par les députés. Donc, on améliore le texte. Alors, la grande différence entre un député et un sénateur, c’est qu’en fait si jamais il y a un désaccord entre le Sénat et l’Assemblée nationale, l’Assemblée nationale a toujours le dernier mot. L’Assemblée nationale, les députés peuvent renverser le gouvernement.

D’accord,

C’est-à-dire qu’ils peuvent dire… on fait donc… on fait une motion de censure, on censure le gouvernement, et si ça passe, alors le gouvernement tombe, le Premier ministre démissionne. Le Sénat ne peut pas faire tomber le gouvernement, il n’a pas cette possibilité. Par contre, le Président de la République peut dissoudre l’Assemblée nationale.

D’accord.

Mais il ne peut pas dissoudre le Sénat.

C’est pour ça qu’on dit que c’est un contre-pouvoir ?

Absolument.

D’accord.

Donc si vous voulez, c’est une chambre… qui est considérée une chambre de sages, parce que c’est une chambre qui n’a pas la possibilité d’avoir le dernier mot, mais qui va chercher à améliorer le texte sans créer de rapport de force, c’est inutile puisqu’on sait qu’à la fin, on perdra.

D’accord, d’accord. Donc en fait, l’Assemblée nationale avec les députés et le Sénat avec les sénateurs, ça constitue… les deux chambres, ça constitue le parlement, c’est ça ?

C’est tout à fait ça.

Et ça, c’est le pouvoir…

Législatif.

 Législatif, c’est-à-dire de… au niveau des lois, de faire les lois, non ?

C’est ça.

D’accord. Et alors, qui propose les lois en général, ce sont les députés, les sénateurs, les ministres ?

Alors, le gouvernement fait un projet de loi, donc peut… Donc c’est son rôle, l’exécutif va présenter les lois, il fait des projets de loi. Mais les parlementaires peuvent aussi proposer des lois, et c’est la différence entre un projet de loi et une proposition de loi : un projet de loi est fait par le gouvernement, une proposition de loi émane du Parlement.

Alors, on va rester dans la politique, après on va un petit peu parler de votre… une autre facette d’entrepreneur qui est importante. Je vais vous lire quelque chose que je lis sur… j’ai lu sur internet. J’ouvre les guillemets et vous allez me dire votre opinion par rapport à ça. Donc, je cite : « je ne me sens plus dans une démocratie, nous le peuple, le citoyen, ce que nous faisons c’est uniquement voter pour des gens, nos maîtres, dans une liste restreinte et imposée, puis ces maîtres décident tout à notre place. La cinquième république n’est pas une démocratie, c’est un fait le peuple n’exerce ni pouvoir ni contre-pouvoir ». Je cite, qu’est-ce que…

En tout cas ce n’est pas de moi !

Non, j’imagine ! Mais il y a des gens qui pensent comme ça, vous en êtes conscient, qui ont l’impression de plus être représentés, de plus avoir de pouvoir. Est-ce que… vous ressentez ça ou pas ? Moi, je le lis sur internet hein !

Oui, mais le… c’est toujours pareil : pour certains le problème c’est toujours l’autre, si ça ne fonctionne pas, c’est à cause de quelqu’un d’autre.

Ouais.

Euh, si on a un problème dans la société, c’est parce que… je sais pas, c’est l’Europe, c’est celui qui ne pense pas comme moi, donc… c’est vraiment la facilité totale.

D’accord.

C’est… il y a des gens… moi, je crois au mérite, je crois au fait que quand on travaille dur, on a les résultats de son travail. Et c’est… c’est ce qui a fait ma vie. Et… et l’organisation de la société, elle est comme elle est. Ce n’est pas moi qui l’ai instituée, ce n’est pas moi qui l’ai créée, je suis venu au monde, la société ne m’avait pas attendu, le monde ne m’avait pas attendu. Et moi mon souhait avec ma vie, c’est d’être utile, c’est d’apporter quelque chose en plus. Et j’ai fait ma vie, j’ai travaillé pour obtenir ce que j’ai eu et.. Et maintenant ce que je souhaite c’est participer, c’est ça mon engagement politique, c’est servir l’intérêt général et c’est faire en sorte que le monde soit meilleur. Alors moi je ne détiens pas la vérité, ce que j’essaye c’est de faire en sorte que les gens travaillent ensemble et améliorent notre société. Maintenant, je me suis rendu compte que chacun a quelque chose à défendre dans ce monde et le… je pense que le point faible du politique, c’est… c’est ce qui s’appelle le clientélisme. Et… mais le clientélisme, il est nourri par l’électeur. Si vous n’êtes pas content des élus, commencez par changer les électeurs parce que c’est eux qui font les élus. Donc, on ne peut pas dire « la démocratie, ce n’est pas bien… », enfin si, on peut le dire, mais la démocratie c’est le plus mauvais système à l’exception de tous les autres, c’est-à-dire qu’on n’a pas trouvé mieux.

Enfin, ils disent qu’ils ne se sentent plus en démocratie, ils ne critiquent pas la démocratie, souvent il y a des gens qui disent « je ne me sens plus en démocratie, j’ai l’impression d’être juste un… un électeur, je vote, et puis après, bah je ne décide pas les lois, c’est… ». Donc comme vous êtes justement dans le domaine législatif et tout ça, j’avais envie de parler de ça avec vous.

C’est… c’est amusant parce que cette frustration, vous l’avez à tous les niveaux. Je l’ai vu certes chez certains ministres, qui considéraient que même ministre, ils n’avaient pas la capacité de vraiment changer les choses. Moi en tant que parlementaire, au bout de douze mois j’ai fait un bilan et j’ai vu toutes les limites de l’exercice. Parce que quand même quelque part, c’est le seul endroit… en tant que parlementaire, je vote une loi, c’est… je suis un entrepreneur, je fais un produit, mais je ne décide pas… ce n’est pas moi qui écris la notice d’utilisation, c’est des fonctionnaires qui vont faire le décret d’application. Et ce n’est pas moi… 0:08:52

Parce qu’après il faut faire un décret d’application ?

Eh oui, après une fois que vous avez voté la loi, il faut quand même dire comment la loi s’applique. Il faut quand même l’écrire.

Ah d’accord. Et ça c’est qui ?

Et ça, ce sont des fonctionnaires qui le font. Et… et donc, c’est assez intéressant de… de voir ce fonctionnement-là. C’est que la loi n’est pas toujours d’application immédiate, donc il faut attendre qu’on ait écrit les décrets d’application. Et ça… je vais vous donner un autre exemple. En tant que parlementaire, je vote le budget aux affaires sociales, le budget de la sécurité sociale. Mais, je ne vais pas… pour les allocations chômage, je ne peux pas dire combien de temps on est… on touche le chômage, à quel niveau on touche le chômage. Ça, c’est les partenaires sociaux, c’est les syndicats qui le décident. Moi, je vais devoir voter… Si jamais ils font du déficit, je vais devoir voter des nouvelles cotisations pour combler le déficit, mais ce n’est pas moi qui crée le déficit. Vous voyez la frustration ? C’est un peu comme si vous dirigiez votre entreprise, mais c’est quelqu’un d’autre qui vous dépense de l’argent et vous par contre il faut aller trouver de l’argent pour aller rembourser les dépenses qui seront faites par quelqu’un d’autre. Donc le système n’est pas si simple que ça.

Non.

Vous n’avez pas… vous pensez que bon, celui qui est élu, il a tous les pouvoirs, il peut tout régler. En fait, pas du tout, le système est plus compliqué que ça. Mais on doit mettre en place un système d’amélioration continue. Si les gens ne sont pas satisfaits avec la façon dont fonctionne la démocratie, OK, super, mettons-nous autour de la table et comment est-ce qu’on améliore les choses ? Voilà, c’est comme ça que moi j’ai fait dans l’entreprise, c’est ce que je cherche toujours à faire, c’est réunir les gens pour qu’ensemble on améliore les choses. L’idée selon laquelle l’électeur quand il met son bulletin de vote transfère son pouvoir et dit « maintenant c’est à l’élu de régler les problèmes », et bah ça, ça ne marche pas. Voilà, donc les gens qui pensent que la démocratie fonctionne sans eux, bah c’est pas vrai, parce qu’on vient quand même chercher par le vote… les candidats viennent voir les électeurs pour faire des propositions et leur dire « bah écoutez, je vais vous représenter et je vais travailler… » – enfin c’est ma vision – « je vais faire le mieux que je peux, je vais me donner à fond pour pouvoir vous représenter et pour pouvoir faire en sorte que les choses fonctionnent mieux ». Mais ça, si on veut vraiment faire en sorte que les choses fonctionnent mieux, il faut aussi que tout le monde s’implique. Celui qui critique la démocratie, qu’est-ce qu’il fait pour que ça fonctionne mieux ?

Oui, mais là j’ai cité une phrase, je ne sais pas, peut-être que ces gens-là après essayent chacun de leur côté de faire quelque chose, ça je ne sais pas. Mais donc vous, de votre côté, vous ne ressentez pas que la démocratie… la démocratie entre guillemets puisque je sais plus, euh fonctionne sans le peuple. Vous sentez qu’ils ont une part de responsabilité, qu’ils ont encore un pouvoir ?

Ah bah ils ont le pouvoir puisque c’est eux qui votent pour faire… pour choisir les élus. Mais, il y a des gens qui disaient « mais c’est scandaleux, quelqu’un qui a été condamné en justice qui se fait à nouveau réélire ». Mais qui c’est qui le réélit ? C’est bien l’électeur. Dans le domaine de la politique, c’est comme dans tous les domaines, vous avez des gens plus ou moins performants. Ce que je peux vous dire, c’est que dans tous les domaines, de tous les côtés, vous avez des gens qui y croient, qui le font par passion. En ce qui me concerne, avant d’être en politique, j’étais… je suis entrepreneur, j’étais entrepreneur, je suis toujours entrepreneur. Et quand quelqu’un m’a dit « Olivier, je suis convaincu que tu es fait pour faire la politique », je lui ai dit « à quoi je dois renoncer si je fais de la politique ? ». Parce que pour moi en tant qu’entrepreneur, le politique n’avait pas une très belle image. Un peu la même chose que… ce que vous… ce que vous lisiez là. Et donc je me disais « bon, peut-être on va me demander de me compromettre… ». Et on m’a dit « non, non, ce qu’on voudrait c’est que tu réussisses pour les autres comme tu as réussi pour tes affaires ». Et ça, ça a fondé mon engagement pour servir l’intérêt général. Je ne suis pas au service d’une cause particulière ou d’un lobby, je cherche vraiment à servir l’intérêt général en me fondant sur mon expérience, sur tout ce que j’ai vécu dans ma vie d’entrepreneur. Et… mais j’ai aussi moi aussi des frustrations, j’aimerais aussi améliorer les choses de façon plus rapide, mais euh je me confronte aux résistances de la société. Les gens qui parfois critiquent les élus, ce sont eux qui en catimini viennent les voir et leur disent « il faudrait passer telle loi parce que ça m’arrangerait, ça défendrait ma profession ». Donc, c’est pas si simple que ça, c’est-à-dire que dès que vous voulez avancer, dès que vous voulez servir l’intérêt général, vous voyez que vous avez plein de corporatismes qui se lèvent. Et… et ça, c’est vraiment la société civile qui fait écran. Donc moi je pense que pour améliorer les choses, il faut que tout le monde soit intègre, il faut que tout le monde vienne autour de la table en se disant « je vais vraiment servir l’intérêt général ». Et celui qui est en conflit d’intérêts doit se mettre en arrière. On comprend bien que chacun a quelque chose…

Alors justement, les conflits d’intérêts, ça aussi… j’entends dire « ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les lois, ils sont en conflit d’intérêts » ?

Ah non, mais ils sont là pour ça, pourquoi ils sont au pouvoir ? Non, il y a conflit d’intérêts si vous écrivez une loi par exemple… je sais pas, comment dire… bah si vous écrivez une loi pour protéger les pharmaciens et que vous êtes pharmaciens, là c’est… là vous êtes en conflit d’intérêts.

Mais les ministres qui proposent des lois, ils peuvent faire aussi des lois qui soient dans leur intérêt, de pouvoir se protéger par la justice. Les choses ont évolué, mais on… Bah par exemple en Espagne, le roi il est quand même assez protégé s’il fait des choses pas terribles, il a quand même certaines protections pour éviter de se retrouver devant la justice facilement. C’est exemple hein, j’ai rien contre le roi…

Oui, mais il perdrait tellement de crédit… Il y a un moment…

Oui, mais ça se fait de manière subtile, enfin…

Oui, mais… enfin après, il y a différentes attitudes et… Et moi je n’ai pas de jugement de moral. Je préfère qu’on me juge que de juger les autres. Euh… il faut quand on représente… et moi c’est ma vision du fait que je suis élu au Sénat, c’est un honneur de représenter ses compatriotes au parlement. Et… et ça vous engage justement à avoir un comportement qui soit honorable.

Peut-être pour vous, mais en Esp-… moi je suis plus sur l’Espagne maintenant que la France au niveau politique, je peux vous dire que des cas de corruption, c’est tous les jours qu’il y en a qui sortent. Donc, les gens, au bout d’un moment il faut les comprendre aussi.

Oui, je les comprends, je les comprends totalement, mais c’est aussi… Pourquoi… j’étais juste avant à Ciudadanos au premier meeting là de… pour marquer le premier anniversaire de Ciudadanos à Madrid. Et euh… qu’est-ce qu’il porte ? Qu’est-ce… c’est quoi ce côté lumineux que j’ai retrouvé ? C’est… c’est justement cette foi quand même dans une sorte de pureté de l’idéal, euh de faire en sorte que… on ne peut pas admettre la corruption. Pour moi, ma ligne, ce qui fait que… ce qui fait ma ligne c’est que le crime ne doit pas payer. Parce que si le crime paye, la société ne peut plus fonctionner et donc c’est un peu ça. Donc, le fait que des gens soient corrompus, ça existait avant, ça existera toujours. Ce qu’il faut, c’est les écarter, quand on les trouve il faut les écarter du pouvoir, il faut éventuellement faire en sorte qu’effectivement, ils ne puissent plus à nouveau exercer le pouvoir. Euh c’est… c’est trop important parce que vous affectez tout le monde et après les gens ne croient plus en rien.

Mais justement, pour les sortir, il faut faire des lois qui puissent faire en sorte qu’on les mette à part. Mais si eux sont ceux qui proposent les lois, bah justement, peut-être qu’ils vont… qu’ils vont faire des lois qui les protègent au lieu qu’on… pouvoir les écarter. Vous voyez ce que je veux dire ?

Je ne crois pas qu’on ait envie de voter une loi comme ça et… et je pense que la logique voudrait qu’effectivement, à partir du moment où on a été condamné, qu’on ne puisse plus se représenter.

D’accord, OK. Alors ça c’était plutôt pour le côté politique, maintenant j’aimerais qu’on parle un petit peu du côté plus entrepreneur. Parce que bon, c’est quand même assez impressionnant, j’ai lu votre parcours, c’est pas pour vous flatter, mais… Donc déjà, vous êtes donc sénateur des Français établis hors de France, membre de la commission des Affaires sociales, vice-président de la délégation sénatoriale aux entreprises, vice-président du groupe d’étude Tourisme et loisirs, co-président de la Fédération UDI-Monde, secrétaire nationale UDI au Commerce extérieur, délégué général… bon bref, c’est tellement… vous avez tellement de rôles que… j’ai même pas… je peux même pas tout citer. Donc, pour résumer rapidement, à 20 ans, même peut-être avant 20 ans, vous avez commencé des études universitaires. Vous avez été je pense déçu, vous avez arrêté, vous avez dit « moi je veux directement commencer dans la vie active, être entrepreneur ». Vous êtes parti de quasiment rien, vous avez monté votre entreprise, ça a marché du feu de Dieu, et d’entreprise en entreprise, vous êtes monté, monté, et puis voilà, on peut dire que c’est un succès total.

Bah non, mais… tous les succès se nourrissent d’échecs. On apprend… on tente plein de choses, on échoue souvent et puis parfois ça fonctionne. Et c’est vrai que quand on… on remonte son parcours, on monte en fait ce qui vous a construit et donc vos succès, vos réussites, mais toutes ces réussites sont passées aussi par… par des échecs. Je pourrais faire toute une conférence sur mes échecs.

Là il n’y a pas beaucoup d’échecs quand même !

Bah oui, mais on ne va pas parler dans sa bio de tout ce qu’on a raté, mais c’est en tentant plein de choses, on apprend beaucoup et on se… Enfin, j’ai créé ma boîte à 20 ans dans le domaine de l’électronique, j’ai… effectivement, je l’ai développée, je suis part-… j’ai fait aussi une activité de presse, j’ai fait de la com, j’ai… j’ai fait plein d’autres choses autour.

Et actuellement vous êtes dans la BD hein ?

Et voilà, et j’ai tout vendu, à un moment je suis allé dans internet, j’ai vécu la bulle internet, donc j’ai développé, j’ai vendu la partie internet à des Californiens, j’ai vendu mon activité industrielle à des Français. Et puis ensuite, j’ai réinvesti dans la bande dessinée et… et ça marche très bien. Et… mais tout ça, toutes… ce que certains appellent des réussites, en fait c’est une vie professionnelle d’entrepreneur qui a fait que je suis libre. C’est ce que je souhaitais, je souhaitais être libre d’entreprendre et donc euh…

Quelle est la clé… la clé vous pensez de votre réussite ? Vous aviez envie de ça, d’entreprendre, il faut avoir envie de ça ?

C’est ça, c’est… c’est le fait d’être autonome, de rechercher cette… effectivement cette autonomie et donc de travailler, d’aller vendre son savoir-faire, ses produits à des clients, trouver des clients, être à leur écoute. Parce que ce n’est pas un hasard si vous séduisez un client, c’est parce que vous lui proposez un produit qu’il a envie de vous acheter. Donc, ça commence par être attentif à ce qu’il souhaite. Et voilà, donc dès l’âge de 20 ans, j’ai vu des opportunités de business, je me suis jeté dedans, j’ai beaucoup travaillé, j’ai vraiment beaucoup travaillé, c’est… Mais c’est pas…

Ouais, mais il y a du travail hein, j’ai vu que…

Et il y a beaucoup, beaucoup de travail.

… vous dormiez une nuit sur deux.

C’est peut-être pour ça, c’est peut-être parce que je travaillais un peu plus que les autres !

Ouais, ouais, beaucoup de travail, vous avez fait deux… vous étiez sur deux boulots en même temps au début pour pouvoir financer vos projets, vous ne dormiez qu’une nuit sur deux.

Ouais.

Et actuellement, j’imagine que vu le programme que vous avez eu aujourd’hui et hier, notamment de réunion en réunion, je pense que vous ne dormez pas beaucoup. Et…

C’est cinq heures, pas plus, on peut pas.

Ouais, ouais.

On n’arrive pas à les trouver pour l’instant.

Ouais.

Mais bon, ça m’arrive, le week-end j’arrive parfois à avoir…

Et vous avez quand même trouvé du temps pour faire l’interview, on a parlé un petit peu avant, donc ça je vous remercie et je suis conscient de… Est-ce que… dans votre carrière, est-ce qu’il a eu quelque chose qui vous a marqué en tant qu’entrepreneur, est-ce qu’il a eu un déclencheur à un moment, un déclic, des gens, des rencontres, des… ?

Bah, il y a énormément de rencontres, énormément. Il y a quelqu’un que je n’oublierai jamais, vous connaissez Steve Jobs ?

Oui, évidemment.

Bill Gates, tout le monde connaît. Roland Moreno ?

Euh… le nom peut-être, mais ça ne me dit rien.

Bah pourtant, si vous regardez dans votre poche, vous avez… si vous avez un téléphone portable, si vous avez une carte de crédit, euh… vous avez son invention dans la poche, c’est…

C’est l’inventeur de la puce ?

La carte à puce.

Ah ouais d’accord.

Et j’ai travaillé avec… avec Roland Moreno, avec sa société, avec ma société d’électronique et… Et moi je suis parti à l’étranger parce que j’ai été confronté à la concurrence internationale et… Et Roland, qui a eu une réussite exceptionnelle, c’est… enfin cette création, c’est exceptionnel. Les Américains voulaient absolument qu’il vienne s’installer aux États-Unis et lui a toujours refusé : il avait fait son invention, il l’avait fait en France et il voulait bien…

Et c’est lui qui a inventé la puce électronique ?

Absolument. Et il a refusé d’aller aux États-Unis et il m’a dit « moi, tu vois, je serais jamais parti à l’étranger, c’est… je suis en France, je suis français ». Et du coup, les Américains, les Anglais, les Allemands, enfin tout… au niveau de l’international, personne n’utilisait cette puce. C’est-à-dire que nous, on était en avance, on utilisait la carte à puce alors que les autres ne l’ont pas utilisée, ils ont attendu que ça rentre dans le domaine public. Ils l’auraient utilisée si Roland était venu aux États-Unis, là les banques américaines… Parce que du coup, les commissions sur les transactions seraient restées aux États-Unis. Et certainement il aurait été encore beaucoup plus riche que ce qui… ce qu’il aurait… ce qu’il a été en restant en France. Mais il était… il avait ce… ce côté pays… voilà. Et je retiendrai toujours ça. Et on a parlé de… en l’an 2000 du futur ensemble. Et il est resté en France et quand il est décédé…

Il est décédé ?

Ça a fait un article dans les journaux, il y avait un article par-ci par-là. Et je me suis dit « c’est certainement celui qui a fait la plus grande invention du XXe siècle en France, il est resté et la France n’a pas été à la hauteur de ce bonhomme ». Voilà, donc c’est… moi ça m’a marqué, c’est une grosse frustration parce que c’était un gars génial, un peu loufoque.

Frustration pour quoi ? Vous l’auriez vu… vous auriez aimé le voir partir aux États-Unis ?

Frustration parce que j’aurais… non, j’aurais aimé qu’on lui fasse des obsèques nationales.

D’accord.

Il faut aussi que le pays rende à ces gens qui sont exceptionnels, mais qui n’ont pas fait… qui n’ont pas… qui ne sont pas entrés au gouvernement, mais qui… qu’on leur rende aussi – pour ceux qui sont vraiment exceptionnels – des marques, parce qu’on n’est pas attentif à des gens qui… Voilà, qui sont dans la société civile, qui viennent de la société civile et on leur rapporte peut-être pas autant d’attention qu’on le devrait.

D’accord, d’accord. Alors, j’aimerais qu’on finisse parce que j’ai posé la même question à Arnaud Leroy, qui lui est député, sur l’histoire du lycée français. Donc, je lui ai dit la même chose que je vais vous dire, c’est-à-dire que j’ai mes deux enfants et bientôt trois enfants, trois enfants au lycée français. Donc c’est quand même un lycée public et ma sœur qui elle est en France, bah met ses enfants dans le lycée public et elle ne paye absolument rien et donc moi ça me coûte les yeux de la tête. J’en parlais avec d’autres parents d’élèves français et c’est la même chose quoi, jusqu’au point que… Il y a beaucoup de familles de classe moyenne qui ne peuvent pas mettre leurs enfants au lycée français, pourquoi ça ? Qu’est-ce que vous en pensez, quel est votre point de vue par rapport à ça ?

Bien… je vis en Angleterre, ma fille a suivi toutes ses études, toute sa scolarité dans l’enseignement britannique. Elle n’a pas été dans l’enseignement français. On aurait pu la… aller à Londres, se mettre… enfin essayer de la mettre dans une école française de Londres, ça n’a pas été notre choix. Donc c’est votre choix si vous voulez qu’elle soit dans une école espagnole en vivant à Madrid ou dans une école française. Maintenant, le contribuable français participe au financement de l’école française à l’étranger. Aujourd’hui, on peut considérer que c’est à peu près un tiers. C’est-à-dire que si vous payez par exemple on va dire 10 000 €, eh bien il faut considérer que le coût est de 15 000 et 5 000 € est payé par le contribuable français ; et vous, vous payez 10 000 €. Alors, 10 000 €, ça peut paraître une somme. Maintenant, la problématique c’est que le contribuable français lui-même fait des efforts énormes en France : il a le sentiment qu’il paye trop d’impôts. Donc, il faut trouver une solution. À titre personnel, je pense que la vraie problématique, c’est qu’il y a des parents français qui ne vivent pas à proximité d’une école française et eux ils n’ont même pas… même s’ils ont les moyens, ils n’ont pas la possibilité de mettre leur enfant dans l’école française. Donc, il va se retrouver… l’enfant va se retrouver dans une école locale. Mon problème, c’est que par exemple au Royaume-Uni, 15 % des enfants français ne parlent pas français parce qu’ils n’ont pas eu accès à une école française. Je suis allé à Annaba en Algérie : 80 % des Français ne parlent pas français, il y a pas d’école française à Annaba. Et moi mon problème, c’est plutôt… l’enjeu, le défi, c’est plutôt que tous les Français parlent français et ça veut dire qu’il faut repenser notre système complètement différemment.

Mais s’ils ont des parents français, les parents ne leur parlent pas en français ?

Eh bien, ça peut paraître surprenant, mais quand vous vivez dans un autre pays et que… si vous avez un des deux parents qui est français, l’autre parent étant local. Je vais dire par exemple, on vit en Écosse, il est écossais. Eh bien l’enfant, dans son environnement tout le monde parle anglais, dans son école tout le monde parle anglais, bon sa maman lui parle en français, mais il ne veut pas être différent « pourquoi tu me parles en français, tout le monde parle en anglais ». Il ne veut pas être différent de ses copains et donc il peut rejeter la langue. Et beaucoup, beaucoup d’enfants en fait rejettent la langue. Et donc, pour moi le vrai enjeu, c’est plutôt que tous les enfants français parlent français. Et moi ce que je souhaiterais, c’est une solution universelle pour tous les enfants, voilà. Pas que ceux qui qui vont dans les écoles françaises parce qu’ils sont à proximité d’une école française. Voilà, donc mon souhait à titre personnel, c’est plutôt d’avoir un système d’enseignement à distance qui du coup puisse être sponsorisé pour tous les enfants (parce que ce qu’on veut, c’est que tous les enfants français parlent français), donc… et le même système pour tout le monde.

Oui, mais pourquoi faut-il que ce soit tout le temps des lycées… Le lycée français, ah oui, c’est un grand lycée, un des plus grands au monde, etc. Ouais, moi je m’en fiche, ce serait une petite école de quartier français, ça m’irait aussi bien, ce serait très bien, je ne demande pas… Non, c’est ça, je veux qu’ils parlent en français et puis qu’ils aient… il y a certaines choses que j’aime bien dans le système français, qu’on apprend à réfléchir plus qu’apprendre par cœur qui est un petit peu plus comme le système espagnol, des choses comme ça. Mais je ne demande pas des infrastructures extraordinaires.

Et moi ce à quoi je crois, c’est à des modules complémentaires de l’enseignement local qui permettent d’apprendre en français. Donc ça peut passer par l’enseignement à distance, ça peut passer par de l’enseignement bilingue dans le l’enseignement national. En Angleterre, si vous voulez mettre votre enfant dans une école privée, en gros ça coûte à peu près 20… entre 20 et 30 000 € par an.

Ouais, non, mais là c’est public !

C’est un choix.

Là c’est public le lycée français !

Non, non : le lycée français n’est pas public.

Enfin en tout cas, les professeurs sont des fonctionnaires, je le sais bien parce que ma sœur a travaillé au lycée de Londres.

Une partie des fonctionnaires, une partie des enseignants sont fonctionnaires.

Oui, enfin…

Et de moins en moins, parce que justement… Et oui, mais c’est ça le problème, c’est que comme il n’y a plus d’argent, comme le contribuable n’en peut plus, comme le budget est limité…

Ouais, mais il met combien pour d’autres choses qui sont peut-être moins importantes pour les gens. Je sais pas, l’armement, le nucléaire, le machin, peut être que le peuple n’est pas trop d’accord avec ça. Je suis sûr qu’avec l’éducation tout le monde est assez d’accord de mettre des moyens dans l’éducation, plus que dans d’autres domaines où on en met beaucoup plus.

Mais le contribuable français, à mon avis si on lui demande, il ne sera pas très d’accord pour pouvoir financer les études de ses compatriotes qui vivent à l’étranger.

Imaginons un Français qui vit à Madrid et qui paye des impôts à la France. Bah lui il va se dire : « bah attendez, moi je paye mes impôts pour les lycées publics dans l’hexagone et pourquoi eux ne paieraient pas aussi pour mon lycée public à Madrid ? ».

Oui, mais il pourrait dire aussi la même chose pour la santé : il n’a pas non plus le droit de la sécurité sociale française, puisqu’il travaille à l’étranger, donc il a la sécurité sociale, il est dans l’Europe, il a la sécurité sociale du pays où il réside. Donc on peut…

Oui, mais c’est un autre système…

Bah oui, mais on ne peut pas… Voilà, mais après ça devient un peu compliqué.

Si c’est complètement privé, je veux bien, il n’y a pas de problème, c’est un business privé, OK. Ce que je n’aime pas trop dans le lycée français, c’est que c’est un petit peu entre les deux quoi !

Ah bah on est totalement d’accord sur le sujet. C’est effectivement parce que… le fait que ce soit un petit peu entre deux chaises fait que celui qui décide de pourquoi ça coûte ce prix-là, la structure du budget. Parce que qu’est-ce qui fait le coût ? C’est souvent les options qui sont décidées. Donc qui fait le coût ? C’est ça qui est important. Ce qu’il faut c’est que celui qui paye, les parents puissent être partie-prenante dans les choix. Donc c’est effectivement ce à quoi je crois, donc c’est une évolution, c’est un des défis, c’est la structure du réseau, les écoles. Quand je dis que l’AEFE ne doit plus être juge et partie, ne doit plus être responsable du réseau et en même temps gérer des écoles dans le réseau, donc il faut séparer les choses et que les acteurs… celui qui dirige une école, et bah il le fasse avec un choix : faire en sorte que par exemple, les coûts soient les plus modérés possible. Mais qu’il ait un vrai choix, que ce soit lui qui choisisse son directeur d’école, que ce soit lui qui fasse des vrais choix pour… au niveau du système éducatif, au niveau des options pour que le système soit le plus cohérent possible par rapport à sa clientèle, par rapport aux parents.

D’accord. Bon, OK, on va s’arrêter là-dessus. Donc je vous remercie encore une fois parce que vous avez des journées, je le sais, extrêmement chargées. Vous nous avez dédié ce temps précieux, donc merci beaucoup.

Merci à vous.

Au revoir.

Au revoir.

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